Samedi 3 mars 2007
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15:02
Il y a, au cimetière du Père-Lachaise, aux environs de la fosse commune, loin du quartier élégant de cette ville des sépulcres, loin de tous ces tombeaux de fantaisie qui étalent en présence de l'éternité les hideuses modes de la mort, dans un angle désert, le long d'un vieux mur, sous un grand if auquel grimpent les liserons, parmi les chiendents et les mousses, une pierre. Cette pierre n'est pas plus exempte que les autres des lèpres du temps, de la moisissure, du lichen, et des fientes d'oiseaux. L'eau la verdit, l'air la noircit. Elle n'est voisine d'aucun sentier, et l'on n'aime pas aller de ce côté-là, parce que l'herbe est haute et qu'on a tout de suite les pieds mouillés. Quand il y a un peu de soleil, les lézards y viennent. Il y a, tout autour, un frémissement de folles avoines. Au printemps, les fauvettes chantent dans l'arbre.
Cette pierre est toute nue. On n'a songé en la taillant qu'au nécessaire de la tombe, et l'on n'a pris d'autre soin que de faire cette pierre assez longue et assez étroite pour couvrir un homme.
On n'y lit aucun nom.
Seulement, voilà de cela bien des années déjà, une main y a écrit au crayon ces quatre vers qui sont devenus peu à peu illisibles sous la pluie et la poussière et qui probablement sont aujourd'hui effacés :
Il dort. Quoique le sort fût pour lui bien étrange,
Il vivait. Il mourut quand il n'eut plus son ange ;
La chose simplement d'elle-même arriva,
Comme la nuit se fait lorsque le jour s'en va.
Victor HUGO
Les Misérables, cinquième partie, livre IX, chap. 6.
Par Victor Hugo
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Mercredi 28 février 2007
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10:01
Soir du printemps.
À l'encens à moitié éteint,
J'en ajoute encore.
Buson Yosa
Par Pascal Usseglio
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Lundi 25 septembre 2006
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15:04
La rue assourdissante autour de moi hurlait.
Longue, mince, en grand deuil, douleur majestueuse,
Une femme passa, d'une main fastueuse
Soulevant, balançant le feston et l'ourlet ;
Agile et noble, avec sa jambe de statue.
Moi, je buvais, crispé comme un extravagant,
Dans son oeil, ciel livide où germe l'ouragan,
La douceur qui fascine et le plaisir qui tue.
Un éclair... puis la nuit ! - Fugitive beauté
Dont le regard m'a fait soudainement renaître,
Ne te verrai-je plus que dans l'éternité ?
Ailleurs, bien loin d'ici ! trop tard ! jamais peut-être !
Car j'ignore où tu fuis, tu ne sais où je vais,
Ô toi que j'eusse aimée, ô toi qui le savais !
Charles Baudelaire
Les Fleurs du Mal
Par Baudelaire
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Vendredi 1 septembre 2006
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09:29
La mésange chantait
La voix de l’amour
Mais elle oubliait
De me dire le jour
Quand elle est partie
Qu’elle s'est envolée
En laissant la nuit
Je n'ai pas pleuré
J’y ai repensé
Après son départ
J’attends mon aimée
Il n'est pas trop tard
Quand elle est venue
Un jour de Sabbat
Je n'y ai pas cru
Mais j'étais bien là
Elle m'est apparue
Drapée de confiance
Je me sentais nu
Sans aucune chance
Puis elle a posé
Son regard sur moi
Ses yeux abîmés
Par la fin, la foi
J’ai touché sa main
Doucement comme ça
Elle m'a fait du bien
J’ai ouvert mes bras
Elle s'est appuyée
Lentement sur moi
Je l'ai embrassé
On est resté là
Est tombé la nuit
Sur nous enlacés
Et puis elle a fuit
Me laissant rêver
Depuis je ne cesse
De la rechercher
Jusque dans la presse
Où elle est cachée
Je relis souvent
Ce que j'ai écrit
Je sais qu'elle entend
Le bruit de ce cri
Enfin le silence !
Son image est loin
Reste la souffrance
Et son doux parfum
Jérémie Fortin
Par Pascal Usseglio
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Vendredi 1 septembre 2006
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09:23
« Aujourd’hui encore je n’attends rien que de ma seule disponibilité, que de cette soif d’errer à la rencontre de tout, dont je m’assure qu’elle me maintient en communication mystérieuse avec les autres êtres disponibles, comme si nous étions appelés à nous réunir soudain. J’aimerais que ma vie ne laissât après elle d’autre murmure que celui d’une chanson de guetteur, d’une chanson pour tromper l’attente ? Indépendamment de ce qui arrive, n’arrive pas, c’est l’attente qui est magnifique. »
A. BRETON
Par Pascal Usseglio
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Jeudi 3 août 2006
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21:37
Des milliers et des milliers d'années
Ne sauraient suffire
Pour dire
La petite seconde d'éternité
Où tu m'as embrassé
Où je t'ai embrassèe
Un matin dans la lumière de l'hiver
Au parc Montsouris à Paris
A Paris
Sur la terre
La terre qui est un astre.
J. Prévert
Par Pascal Usseglio
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