Poétique d’une parole enragée
Je.
En moi, je suis un nord et un sud.
Le soleil vient caresser mes bras,
Chargés des fruits qui poussent là-bas,
Nourris des larmes de la multitude.
J’ai faim.
Des yeux sans larmes vides et rougies
Mouillent mes joues roses et grasses d’opulence.
J’ai beau avoir mauvaise conscience,
J’ai aussi un très bon appétit.
Le couteau sépare os et viandes.
La faim laisse les os sans viande
Dans les assiettes ou sous la peau.
J’ai un goût de sang dans la bouche.
J’ai soif.
Un regard sec, les lèvres gonflées,
S’abîme dans un ruisseau sans eau.
Les yeux vagues, j’écoute brosse aux dents
Le chant fleuve du robinet d’eau.
Cinq centilitres c’est la survie.
Souvent je pense aux malheurs du monde,
Puis me lève et tire la chasse d’eau :
Cinq litres font un bruit de tonnerre.
Je vais courir.
Des mains s’activent sur mes chaussures :
Mains d’adultes pour les attacher,
Et mains d’enfants pour les fabriquer.
« Just do it » écrit par ces mains pures.
Je t’aime.
Pour toi mon amour, un beau diamant
A ton cou, l’éclat rose ira joliment
Pour lui un pays croule sous le sang
Le sang, le sang, le sang de ses enfants.
J’agis.
Et je dénonce à coup de clavier,
L’Afrique et les africains exploités
Pour du minerai platine et or
Qui brille au fond de mon PéCé.
Nous vivons…
Nous voyageons à toutes vitesses
Avion et locomotive à fond à fond.
Pétrole et électricité nucléaire
Se déversent dans notre sillon.
Et ils…
…Nous y pensons…
Saignant et saccageant la planète
Nous culpabilisons dans nos cœurs honnêtes
Heureusement la morale est sauve
Quand nous nous demandons où va le monde.
Il y a le pur, criant trahison,
Qui mange bio et jamais ne vote,
Change son monde à lui et tant pis !
Tant pis pour ceux qui n’ont rien compris.
Il y a le militant qui bouge
Beaucoup et a toujours raison.
Il divise pour rassembler.
Sa dialectique casse des briques.
Il y a celui qui assume.
Le monde c’est comme ça, il faut vivre.
Celui là regarde en souriant
Sa femme qui attend un enfant.
Il y a le brave quidam,
Perdu dans toute cette histoire,
Qui se demande où on va
Et comment bien faire pour ses enfants.
Et le poète ? Tu !
Dis-moi l’ami, le poète, combien
Crois-tu qu’il y ai de sang de fusillés
Dans l’encre qui coule de ta plume
La conscience se couche sur du papier.
Et demain, vous, eux ?
Et quand viendront ceux de nos enfants
Qui jamais vingt printemps n’atteindront
A toi, à moi, ils demanderont
Où avons-nous écoulé leur temps
Quand sera le silence épuisé
Nous leur parlerons de nos vingt ans
Au fond de la bouche un goût de sang
Un peu de chair, sang d’humanité.
Pascal Usseglio
Poème issu d’une discussion avec Stéphane Bourez
www.screenvader.com
2005-2007, achevé le 1er mars 2007
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